Probabilités pour l'IA
La probabilité mesure la chance qu’un événement se produise. Elle fournit le cadre formel pour raisonner sous incertitude, ce qui est omniprésent en IA : un modèle ne prédit jamais avec certitude absolue, il attribue des probabilités aux différentes classes ou valeurs possibles.
L’univers et les événements
Section intitulée « L’univers et les événements »Univers (Ω) : ensemble de toutes les issues possibles d’une expérience aléatoire.
Exemple : lancer un dé → Ω = {1, 2, 3, 4, 5, 6}
Les événements se classifient selon leur nature :
| Type d’événement | Définition |
|---|---|
| Élémentaire | Contient un seul résultat de l’univers |
| Certain | Se produit toujours ; correspond à Ω ; P = 100 % |
| Impossible | Ne peut pas se produire ; P = 0 % |
| Possible (probable) | Sous-ensemble non vide de Ω ; 0 % < P < 100 % |
| Compatibles | Ont au moins un cas favorable en commun |
| Incompatibles | N’ont aucun cas favorable en commun |
| Complémentaires | Incompatibles dont l’union = Ω |
Opérations sur les événements
Section intitulée « Opérations sur les événements »| Opération | Notation | Signification |
|---|---|---|
| Union | A ∪ B | «A ou B se réalise» |
| Intersection | A ∩ B | «A et B se réalisent» |
| Différence | A \ B | «A sans B» |
| Incompatibilité | A ∩ B = ∅ | Aucun résultat en commun |
| Lois de De Morgan | (A ∪ B)ᶜ = Aᶜ ∩ Bᶜ | Complément d’une union |
Axiomes des probabilités
Section intitulée « Axiomes des probabilités »Toute théorie des probabilités repose sur trois axiomes fondamentaux :
- P(Ω) = 1 : la probabilité de l’univers entier vaut 1.
- 1 ≥ P(A) ≥ 0 pour tout événement A.
- Si A et B sont incompatibles : P(A ∪ B) = P(A) + P(B).
Calcul de la probabilité : si toutes les issues sont équiprobables, P(A) = |A| / |Ω|.
Exemple : lancer un dé → P({2, 4, 6}) = 3/6 = 1/2.
Probabilité conditionnelle
Section intitulée « Probabilité conditionnelle »La probabilité conditionnelle P(A|B) est la probabilité que A se produise, sachant que B est réalisé :
P(A|B) = P(A ∩ B) / P(B), si P(B) > 0Exemple avec un dé :
- A = «obtenir un nombre pair» = {2, 4, 6}
- B = «obtenir > 3» = {4, 5, 6}
- P(A|B) = P({4, 6}) / P({4, 5, 6}) = (2/6) / (3/6) = 2/3
Indépendance des événements
Section intitulée « Indépendance des événements »A et B sont indépendants si la réalisation de l’un n’affecte pas la probabilité de l’autre :
P(A ∩ B) = P(A) × P(B)Exemple : lancer deux dés indépendants. Le résultat du premier n’influence pas le résultat du second.
Espérance et variance d’une variable aléatoire
Section intitulée « Espérance et variance d’une variable aléatoire »Espérance mathématique E[X] : la moyenne pondérée des valeurs possibles d’une variable aléatoire discrète.
E[X] = Σ xᵢ · P(X = xᵢ)Exemple : dé équilibré → E[X] = (1+2+3+4+5+6)/6 = 3,5
Variance Var(X) : mesure la dispersion autour de la moyenne.
Var(X) = E[(X - E[X])²] = E[X²] - (E[X])²σ(X) = √Var(X)Exemple : dé équilibré → Var(X) ≈ 2,92 ; σ ≈ 1,71
Loi des grands nombres : plus on répète une expérience aléatoire, plus la fréquence observée d’un événement se rapproche de sa probabilité théorique. Lancer une pièce équilibrée 10 000 fois → fréquence de «pile» ≈ 0,5.
Lois de probabilités
Section intitulée « Lois de probabilités »Lois discrètes
Section intitulée « Lois discrètes »Loi uniforme discrète : chaque issue a la même probabilité P(X = xᵢ) = 1/n.
E[X] = (a + b)/2Var(X) = ((b - a + 1)² - 1) / 12Loi de Bernoulli : variable X prenant 1 (succès) avec probabilité p, et 0 (échec) avec probabilité 1−p.
E[X] = pVar(X) = p(1−p)Exemple : pile ou face équilibré → p = 0,5.
Loi binomiale B(n, p) : modélise le nombre de succès dans n expériences indépendantes de Bernoulli.
P(X = k) = C(n, k) · pᵏ · (1−p)^(n−k)E[X] = npVar(X) = np(1−p)Exemples : nombre de réussites sur 10 essais, contrôle qualité de production.
Loi géométrique : modélise le nombre d’essais nécessaires avant le premier succès.
P(X = k) = (1−p)^(k−1) · pE[X] = 1/pVar(X) = (1−p)/p²Exemple : nombre de tirages avant de sortir un 6 au dé.
Loi de Poisson : modélise le nombre d’événements rares dans un intervalle de temps ou d’espace.
P(X = k) = e^(−λ) · λᵏ / k!E[X] = Var(X) = λExemples : nombre d’appels reçus par minute, nombre de pannes par jour.
Lois continues
Section intitulée « Lois continues »Pour une variable continue, la probabilité de tomber sur une valeur exacte est nulle. On parle de densité de probabilité f(x).
Loi uniforme continue : toutes les valeurs dans [a, b] sont équiprobables.
f(x) = 1 / (b−a) pour x ∈ [a, b]E[X] = (a + b)/2Var(X) = (b−a)² / 12Exemple : durée d’attente entre 0 et 10 secondes uniformément répartie.
Loi exponentielle : modélise le temps entre deux événements dans un processus de Poisson.
f(x) = λ · e^(−λx), pour x ≥ 0E[X] = 1/λVar(X) = 1/λ²Propriété remarquable : sans mémoire → P(X > s+t | X > s) = P(X > t).
Loi normale (gaussienne) : la loi continue la plus répandue en statistiques et en IA. Sa densité produit la célèbre courbe en cloche.
f(x) = (1 / (σ√(2π))) · e^{−(x−μ)² / (2σ²)}E[X] = μ Var(X) = σ²Propriété remarquable : ≈ 68 % des valeurs se situent dans [μ−σ, μ+σ].
Usage IA : modélisation du bruit, des erreurs de mesure, des scores de sortie.
Loi normale centrée réduite (Z) : cas particulier avec μ = 0 et σ = 1. Toute variable normale se ramène à cette forme via la transformation Z = (X − μ)/σ, ce qui permet de lire les probabilités dans des tables standardisées.
Exemple : P(Z < 1,96) ≈ 0,975 → intervalle de confiance à 95 %Loi du Khi-deux χ² : utilisée pour tester l’indépendance entre deux variables qualitatives, et pour comparer une distribution observée à une distribution théorique. Si X₁, …, Xₖ ~ N(0,1), alors ΣXᵢ² ~ χ²(k).
Loi de Student (t) : remplace la loi normale pour comparer des moyennes sur de petits échantillons (n < 30). Elle approche la loi normale quand le degré de liberté ν tend vers l’infini.
Loi de Fisher (F) : utilisée pour comparer des variances entre deux groupes ou pour évaluer la significativité globale d’un modèle de régression.
Lois des probabilités — règles de calcul
Section intitulée « Lois des probabilités — règles de calcul »Loi de l’addition (union) : pour deux événements quelconques :
P(A ∪ B) = P(A) + P(B) − P(A ∩ B)Si A et B sont incompatibles (A ∩ B = ∅), la formule se simplifie en P(A ∪ B) = P(A) + P(B).
Loi de la multiplication (intersection) : si A et B sont indépendants :
P(A ∩ B) = P(A) × P(B)Théorème de Bayes
Section intitulée « Théorème de Bayes »Le théorème de Bayes exprime la probabilité de A sachant B en fonction de la probabilité inverse :
P(A|B) = P(B|A) × P(A) / P(B)Il permet de mettre à jour une croyance à la lumière de nouvelles données. C’est le fondement de l’inférence bayésienne : P(A) est la probabilité a priori, P(A|B) est la probabilité a posteriori après observation de B.
Récapitulatif des lois
Section intitulée « Récapitulatif des lois »| Loi | Type | Usage typique |
|---|---|---|
| Uniforme discrète | Discrète | Dé équilibré, tirage au sort |
| Bernoulli | Discrète | Succès/échec unique |
| Binomiale | Discrète | k succès en n essais |
| Géométrique | Discrète | Attente du premier succès |
| Poisson | Discrète | Événements rares par intervalle |
| Uniforme continue | Continue | Valeur aléatoire dans un intervalle |
| Exponentielle | Continue | Temps entre deux événements |
| Normale | Continue | Variables centrées, bruit, erreurs |
| Student (t) | Continue | Comparaison de moyennes, petits échantillons |
| Khi-deux χ² | Continue | Test d’indépendance, ajustement de distribution |
| Fisher (F) | Continue | Comparaison de variances |
Règle de choix : événements comptables (succès, pannes) → lois discrètes. Phénomènes mesurables (temps, erreurs, scores) → lois continues. Petits échantillons → Student plutôt que Normale.